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Vendredi 14 août 2009
    Il se sera fait désiré ce dernier épisode de ma saga Van Eyck ... Après moult péripéties, remises en question, perte de mes notes etc, je suis désormais prête (le fait que j'ai enfin retrouvé mes notes n'y est certainement pas étranger) à vous livrer cette dernière partie et à causer de Dali comme on me l'avait demandé il y a ... ahem ... deux ans ?

    Pour rappel, ce que j'ai écrit n'est toujours pas scientifique, j'ai seulement envie de donner une approche un peu différente de ce que j'ai l'habitude de voir dans les bouquins, j'essaie d'être plus proche du lecteur lambda sans toutefois avoir la prétention de faire vraiment de la "vulgarisation". J'ai seulement envie de vous rendre curieux, comme je crois l'avoir dit précédemment. Amis étudiants, il est donc risqué de vous baser sur ceci pour un quelconque exposé/dossier/examen. Je tiens d'ailleurs à préciser que, faute de mieux (ou plutôt faute de plus), je me suis principalement appuyée sur le livre de Valentin Denis sobrement intitulé Van Eyck, publié chez Nathan en 1982 et un peu sur L'ABCdaire de Van Eyck de Damien Sausset, chez Flammarion.

    Dans le premier épisode, j'avais déjà parlé du contexte artistique, brièvement, en évocant les parallèles entre la peinture du XVème siècle flamand et le quattrocento italien. Concrètement, il y a des points communs entre les recherches des peintres qu'ils soient flamands ou italiens (dans l'ensemble, quelque chose qui se veut représentatif de la réalité avec diverses astuces pour y arriver, comme la perspective) mais il y a surtout une grosse différence, si les italiens recherchent des compositions harmonieuses, idéales et restent dans la synthèse; les flamands rechercheront le détail et le "réalisme" avec une vision plutôt analytique. Donc tout simplement, un artiste italien va privilégier quelque chose de clair et aéré, les corps seront idéalisés alors qu'un artiste flamand va accumuler des détails minuscules et très très précis et choisir de faire des représentations de ses modèles tels qu'ils sont vraiment, défauts compris (enfin tout est relatif hein, on atteint très vite la caricature sinon). Dans un cas comme dans l'autre, certains artistes font bien sûr preuve d'une virtuosité plutôt épatante. Le retable de Van Eyck est un bon exemple pour illustrer ces recherches : il a peint quelque chose de vraisemblable visuellement (l'agneau est tout ce qu'il y a de plus ovin à nos yeux, il a été l'un des premiers(voir le premier) à avoir introduit la profondeur plutôt qu'un arrière-plan plat) en apportant un très grand soin dans l'accumulation et la diversité des détails, les effets de matière (le textile, les pierres précieuses, l'eau etc), des corps "réalistes" et des visages expressifs. Le tout est bien sûr permis, en plus du talent, par une évolution technologique (mais si) considérable : l'amélioration de la peinture à l'huile par Van Eyck lui-même. Comme autre artiste représentatif des grands maîtres flamands, vous pouvez aller jeter un oeil aux tableaux de Rogier van der Weyden, comme sa très chouette (mais si) Descente de croix avec une vierge plus blanche que le saint suaire, et Robert Campin (assimilable au maître de Flemalle) qui a peint un triptyque formidable, disponible en kit à monter soi-même chez wikipédia (mais ne soyons pas trop exigeants). Le contexte artistique est, vous l'aurez compris, très dense; revenons en donc à notre agneau.
    Parce que oui, en plus d'être un joyaux de l'art flamand du XV° siècle, avec des tas de prouesses esthétiques, le retable de l'Agneau mystique est clairement original. Visuellement d'abord, si on se réfère au bouquin de Valentin Denis, il fait référence au théâtre médiéval, plus précisément aux "jeux de mystère du début du XV° siècle". N'allez pas vous imaginer je ne sais quoi à base de troubadours à clochettes (même si c'est tentant), il s'agissait là de vulgariser des passages de la Bible, pas de faire marrer Monsieur Toutlemonde (même s'il en aurait eu bien besoin), juste lui rendre un peu plus clair le bourdonnement latin qu'il entendait à la messe. Plusiers éléments permettent de faire le rapprochement avec le théâtre : les représentations débutaient par un prologue parlé et d'une manière comparable, les prophètes et les sibylles (vêtus d'ailleurs de costumes rappelant ceux des acteurs et dans des attitudes qui rappellent le jeu théâtral) devisent gaiement dans leur phylactères en guise d'introduction; et puis la construction même du polyptyque rappellerait les "mansions" (maisonnettes ou trétaux) superposées qui servaient de décors de théâtre, calqués sur le modèle des intérieurs flamands de luxe. Cette reproduction de décors de théâtres expliquerait aussi les dimensions de la pièce de l'annonciation : à première vue elles sont maladroites mais en fait, elles sont simplement ressemblantes par rapport aux dimensions des locaux réels.
    Peut être vous demandez-vous "mais mais mais ... qu'est ce qui lui a pris à Van Eyck de faire référence au théâtre ?", et c'est bien légitime. Pour donner un élément de réponse, revenons donc au but du retable : illustrer des passages de la Bible de manière suffisamment explicite et majestueuse pour que le fidèle illettré lambda comprenne de quoi il est question et soit subjugué par une beauté divine qui va l'encourager à prier activement. "Mais encore ?" êtes-vous en droit de vous demander, eh bien le théâtre médiévale était par excellence le moyen de narrer les péripéties bibliques efficacement, clairement et de manière marquante pour un spectateur illettré qui aura alors un aperçu, avec des scènes bien choisies, de ce à quoi il est censé consacrer sa foi. Van Eyck va donc plus loin que les retables classiques (même si Monsieur Toutlemonde ne pourra pas déchiffrer les phylactères), grâce à l'inspiration du théâtre, il soigne encore plus la mise en scène et donne à voir quelque chose d'un peu plus familier, sans toutefois faire apparaître le sacré pur et dur comme secondaire.
    Mais figurez vous qu'il va même encore plus loin dans les considérations théologiques, puisqu'il ajoute à son retable (ou on lui a fait rajouter dans son retable, il est plus plausible que les grandes lignes aient été décidées par un membre éminent du clergé) ce que Valentin Denis appelle joliment "des intentions oecuméniques". Attendez ! Avant de sombrer dans un sommeil aussi immédiat qu'instantanné, je vais être plus claire (enfin je vais essayer). Toujours selon Valentin Denis, le retable aurait été fait et pensé, au départ, avant que Joos Vijd se l'aproprie, pour l'occasion du Grand Schisme d'Occident en 1417, ou encore plus précisément, pour la réunification de l'Église d'Orient et d'Occident sous le pape Martin V après moult années de querelles. Je crois que je vous ai perdu ... Bon alors pour les courageux qu'il reste, l'idée est de réunir l'*ensemble* du peuple chrétien en "un seul troupeau" (selon saint Jean, oui oui) qui galoperaient tous gaiement vers l'agneau qui, et c'est bien aimable de sa part, verse son sang pour *tous* les hommes, le tout enrobé de triomphe et de monumentalité. En termes encore plus triviaux : la réconciliation générale dans l'allégresse autour du sacrifice de la bestiole dans le cadre majestueux du paradis. Les indices concrets en faveur de cette théorie, c'est le joyeux mélange de costumes orientaux et occidentaux, des espèces végétales de diverses provenances (histoire de contenter tout le monde), Dieu coiffé d'une tiare (comme un pape, donc) et encore des papes à la tête du cortège des martyres.


Certains attendent peut être encore un avis personnel. Je les félicite ! Vous avez su garder espoir jusqu'au bout (ou vous avez sauté allègrement quelques paragraphes).
...
Ahem ...
Alors allons y. Dans le tout premier épisode de la saga, je prenais cette histoire de polyptyque ultra complexe comme un défi. Un défi plutôt ambitieux même ... Je ne sais pas si j'ai réussi à éveiller votre intérêt sur l'art flamand du XV° siècle mais si vous pouvez réussir à trouver des images de qualité du retable (ou mieux, à le voir pour de vrai si jamais vous allez à Gand), peut être que vous aussi, vous lui trouverez du charme. Ce que je pense au fond, c'est que ce monument demande à être vu dans le détail, ce qui est un brin contradictoire avec son support, qui est, en principe, fait pour être plutôt vu de loin, et avec ses dimensions. L'événement à l'origine du retable (si cette théorie est juste) peut explique cette monumentalité et l'Église regorge de pièces ultra luxueuses mais la peinture flamande demande des formats plus modestes pour pouvoir pleinement être appréciée. Mais quand même, quand je vois cette foule de détails, je peux pas m'empêcher de repenser (si jamais des gens sérieux passent par ici, ils risquent la rupture d'anévrisme, ils sont prévenus) à Où est Charlie, cette série de livres qui a peut être bercé les jeunes années de certains d'entre vous. Bon, bien sûr ici, il n'y a pas quelque chose en particulier à chercher, mais il y a tout à trouver, comme une foule de clins d'oeil plus ou moins marquants dans un ensemble incroyablement grand, et clair, malgré tout. Je trouve ça plutôt touchant qu'il y ait des petits oiseaux dans le ciel bleu, je trouve la tête et les chaussures du pélerin au tout premier plan rigolote, j'aime bien les fruits sur les arbres etc. Tout ça c'est pour magnifier la foi comme elle était vécue à l'époque, mais en toute laïcité, ça réussit à me toucher quand même (même si le/les commanditaires doivent s'en retourner dans leur tombeau).

Voilà qui clos cette looongue saga. J'espère que ça a plu à certains d'entre vous et je vais tenter de réfléchir à Dali pendant que j'en ai encore le temps. Pour les images, je vais vous demander de vous reporter aux épisodes précédents, je ne peux pas faire beaucoup mieux.
Par Cranky Flour
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Dimanche 17 mai 2009
Mon blog a mué. Il a même pas trois ans pourtant, je suis fière de lui. Fini le noir d'adolescent en crise, il revêt désormais des habits de lumière et de sobriété (si.). Est-ce que ça veut dire que je vais en changer le contenu ? Très franchement j'en sais toujours rien ... J'ai des idées par ci et inévitablement par là ... Soyez patients ...

Mais pour changer, ces derniers temps j'ai pas été très inspirée ni, surtout, très disponible pour m'occuper de lui. Après cette longue période pas tellement réjouissante à avoir des tas de trucs à régler mais patienter quand même jusqu'à ce que ça se règle tout seul ... À attendre des trucs et des machins déterminants ... MAIS aujourd'hui, j'admet quand même que je suis vraiment une veinarde qui a trouvé de quoi bien s'occuper pour au moins les deux prochaines années. Oui, après de longues semaines d'errances, mon potentiel futur sujet de master est arrivé par surprise et il s'est imposé très rapidement. Alors j'apprécie mes cinq jours de vraies vacances et dès demain, je pars en stage et puis après ... j'aurai largement de quoi occuper mon été.

Et puis en ce moment, je traverse joyeusement une période années 80. Ça mérite quand même une petite playlist ! (mais si.) Comme ça, vous patienterez au son délicat des synthétiseurs avec quelques bons vieux classiques qui tournent en boucle dans mes enceintes


Mais ne vous en faites pas, j'écoute aussi le sombrissime dernier album de Jay-Jay Johanson, le geekissime dernier album de Ghinzu et le bargissime dernier album des Franz Ferdiand. Allez, je vous laisse avec le délicieux Mirror mirror qui sera certainement encore meilleur en live


Par Cranky Flour
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Vendredi 2 janvier 2009
Cette année on est des gueudins : pas de bilan détaillé, pas de bonnes résolutions. Je vous souhaite juste une bonne année 2009 bien sûr. Bonne ? Pas seulement : je vous la souhaite éblouissante, rutilante, surprenante, champêtre, sucrée, pleine d'oiseaux, de fleurs et de couleurs.

Mais (il y a toujours un "mais") au cas où vous vous sentiriez un peu désespérés à l'aube de 2009 ou un peu nostalgique de 2008, j'ai une arme solide pour lutter contre vos soucis : la méga playlist joyeuse. Je vous entends déjà "Quoi ? Toi Cranky tu as fait une playlist joyeuse alors que tu es réputée pour écouter de la musique de dépressif ?!"
Et vous n'avez pas tort. C'est pourquoi j'ai passé des plombes dans les tréfonds de ma discothèque à vous dénicher de joyeux morceaux pleins d'optimisme (si.)
Cette playlist d'ailleurs, overblog me l'a refusée. Si. Il a refusé de coopérer avec deezer pour que vous puissiez avoir de la joie plein les oreilles. L'enflure. Donc je vous la livre comme d'habitude. Et si vous savez comment fonctionne deezer (ce qui n'est pas encore tellement mon cas) vous la trouverez sous le doux nom de "and a happy new year" (ou alors, vous pouvez m'envoyer un gentil mail à cranky*point*flour*at*free*point*fr et s'assurer d'avoir un compte sur deezer avant)

1) The Beatles - Hey Jude

2) Monty Pythons - Always look on the bright side of life

3) Muse - Feeling good

4) Louis Armstrong - What a wonderful world

5) Suergrass - Alright

6) The Beatles - Good day sunshine

7) Muse - Bliss

8) ABBA - Dancing queen

9) Muse - Can't take my eyes of you

10) Bon Jovi - You give love a bad name

11) The Proclaimers - I'm gonna be (500 miles)

12) Blur - Song 2

13) The Divine Comedy - In pursuit of hapiness

14) Goose - Audience

15) Dionysos - Anorak

16) Dionysos - When the saints go marchin' in

17) Eels - Going fetal

18) The Dandy Warhols - Bohemian like you

19) Eels - Losing streak

20) Ghinzu - Do you read me

21) The Zutons - Zuton fver

22) Jay-Jay Johanson - As good as it gets

23) Eels - Hey man (now you really live)

24) Boby Lapointe - La peinture à l'huile

25) Clap Your Hands And Say Yeah - Sunshine and clouds (and everything proud)

Par Cranky Flour
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Dimanche 7 septembre 2008
AVERTISSEMENT : malgré tout le travail que j'ai pu fournir (mais si. Parfaitement.), ce qui va suivre et ce qui a précédé n'est toujours pas scientifique. Chers étudiants/lycéens/etc, consultez des bouquins au lieu de traînasser sur internet.

Résumé des épisodes précédents : l'origine du retable reste mystérieuse (qui l'a commandé, pourquoi, qui l'a peint ...). Le retable fermé sert d'introduction au retable ouvert, il aborde les thèmes de l'origine de l'Agneau mystique, autrement dit l'origine du Christ (l'annonciation et les prévisions des prophètes et des sibylles), désigne les deux saints liés aux visions de l'Agneau (saint Jean l'Évangéliste qui, dans ses visions de l'Apocalypse, reprend les paroles de saint Jean-Baptiste "Voici l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde") et montre les deux "donateurs" en prière.

Maintenant on va attaquer les choses sérieuses. Le retable ouvert est plus complexe (et plus chouette) que le retable fermé. Seulement, le retable n'était ouvert que certains dimanches et jours de fêtes. La rareté de ses apparitions le rendait encore plus extraordionaire, il suscitait encore plus d'admiration (et d'enthousiasme mystique).


Bon. Là, vous voyez peut être pas grand chose. Mais comme je peux pas faire plus gros, je vous glisse un gentil lien pour voir ça (d'un peu) plus près. Commençons donc par le panneau central du niveau inférieur, celui où il y a le fameux agneau. 
(bon alors là évidemment l'image est bigrement coupée ... allez donc voir par ici)

Nous nous trouvons dans le cadre enchanteur de la Jérusalem céleste, un genre de "Paradis" où tout les gentils chrétiens vont se retrouver une fois qu'ils auront passé l'arme à gauche. La Jérusalem céleste est pleine de plantes diverses et variées, de diverses origines géographiques pour convenir à l'ensemble de la communauté chrétienne mondiale, en quelques sortes représenter un condensé, un best of avec des iris, des rosiers, des cyprès, des cerisiers, des dattiers et des tas d'autres espèces identifiables par des botanistes. Évidemment, Van Eyck en profite pour montrer tout ce qu'il sait faire et tout ce qu'il a vu pendant ses voyages. Les édifices à l'arrière plan sont principalement inspirés de l'architecture occidentale du Moyen-Âge.
Au beau mileu de cette charmante bourgade qu'est la Jérusalem céleste, trône l'Agneau, dans toute sa splendeur, délicatement posé sur un autel pourpre et doré (des couleurs glorieuses quoi), versant son sang dans un calice d'or avec une vigueur criante de vérité (mais si regardez, il y a un bon jet qui part en arc de cercle sous la pulsion cardiaque directement dans le calice et des goutelettes qui dégoulinent le long de son abdomen. Ah je sais que ça vous plaît les détails gores). Autour de l'Agneau, deux anges agitent des encensoires, huit anges sont en adoration  et quatre anges, au fond, tiennent les instruments de la Passion. Je ne rentre pas dans les détails concernant les sus-dits instruments, ceux que ça intéresse demanderont dans les commentaires ou regarderont le film de Mel Gibson sur la question.
La fontaine de vie, devant l'agneau, est la source des quatre fleuves purificateurs de la Jérusalem céleste. Elle est remarquable de réalisme avec des débits d'eau différents suivant leur hauteur et des ronds dans l'eau du bassin sous chaque jet. Si vous avez l'occasion de regarder une image potable de cette fontaine (haha potable ... fontaine hahaha ahem), vous pourrez distinguer des pierres précieuses et des perles, dans l'eau, juste devant la fontaine, ils symbolisent les vertus allouées à ceux qui ont droit à la grâce (c'est à dire à l'eau de la fontaine).
Précisément, ceux qui ont accès à la fontaine sont représentés en quatre groupes, quatre processions, convergeant vers l'agneau (un peu comme les quatre fleuves de la Jérusalem céleste mais en sens inverse ?). Au premier plan, à gauche, sont représentés des personnalités de l'ancien testament : des prophètes, des patriarches (donc les ancêtres du peuple d'Israël, Abraham tout ça ...) et des philosophes et poètes célèbres de l'antiquité classique (le seul identifiable est Virgile, le barbu en toge qui tient une branche fleurie et qui est couronné de lauriers). De l'autre côtés sont représentés des personnalités rattachées au Nouveau Testament : 14 apôtres (si vous vous demandez s'ils sont pas censés être 12, c'est normal : Judas a été remplacé par Matthias et Paul et Barnabé se sont joints à la joyeuse troupe), trois papes, trois martyrs (saint Étienne et les pierres de sa lapidation, saint Laurent et saint Liévin, patron de la ville de Gand, en train de tenir une tenaille dans laquelle repose sa gracieuse langue). Les deux processions du fond brandissent fièrement branches de palmier, témoignant de leur accès à la félicité céleste (quelque part je me dis « était-ce nécessaire ? » on le sait qu'ils sont au paradis, pas la peine d'en rajouter ...). À gauche nous avons donc les confesseurs et à droite, les vierges (parmi elles on peut reconnaître sainte Agnès, sainte Barbe, sainte Catherine et sainte Dorothée si vous voulez tout savoir).
Et pour couronner le tout, la colombe du saint Esprit dispense ses rayons dorés sur l'ensemble de la scène, c'est une symbole plutôt utilisée au Moyen-Âge (en gros, c'est pas archaïque mais presque). Alors si j'étais une fervente chrétienne du XV° siècle, je me dirais « Mazette ! (j'ai toujours rêvé de dire « mazette ») Si je suis une bonne croyante gentille avec mon prochain, qu'est ce que je m'éclaterai au paradis avec ma branche de palmier !». Tout ça pour dire que le chrétien lambda est censé sentir sa foi exulter devant cette merveille et prier activement.


Le panneau central du niveau inférieur, que je viens de décrire, est encadré de deux volets.

(encore un belle image, bien joué Cranky ... alors les rayures jaunes n'apparaissent pas sur l'original, elles sont seulement ici et sur toutes les images qui vont suivre à peu près)

À gauche, nous avons donc les juges intègres (ou "juges hônetes"), qui ne sont pas identifiables mais qui portent de chouettes chapeaux et les chevaliers du Christ : des personnalités qui ont eu un rôle important dans les croisades.  Tout ce petit monde galope sur un terrain aride par opposition à la verdoyante Jérusalem céleste.








































De l'autre côté sont représentés, les pélerins et les ermites. Ils sont âgés et pieds nus sur un chemin pierreux et la prière est leur seule arme pour combattre la lassitude et la pauvreté. Chez les pélerins, on peut reconnaître saint Christophe et saint Jacques surtout, avec son coquillage sur le couvre-chef. Du côté des ermites, se trouvent les premiers anachorètes (un mot compliqué qui est simplement synonyme de "ermite". Brillez en société avec Cranky) saint Paul de Thèbes et saint Antoine d'Égypte. Les ermites sont acompagnés des deux pénitentes sainte Marthe et sainte Marie-Madeleine (celle qui sont au fond et qui n'ont pas de barbe).


Le registre supérieur appartient à un autre monde, le monde céleste (oui, plus céleste que la Jérusalem céleste), ce qui se fait de mieux en matière de sacré avec Dieu lui-même entouré de la Vierge Marie et de Jean-Baptiste, son précurseur (en admettant que Dieu soit 2 en 1 : le Père et le Fils).
Mais ne nous égarons pas, ne perdons pas le sens de l'organisation (qui a ri ?) et commençons donc par les deux grisailles au dessus d'Adam et Ève qui représentent ... leur descendance pécheresse *effet sonore* (quel effet sonore ? oh ben un peu d'imagination hein ! Je vais pas tout faire non plus !). Alors au dessus d'Adam nous avons donc le thème de l'offrande de Caïn et Abel au temple mais surtout, au dessus d'Ève (tiens donc) le meurtre d'Abel. Parce que oui, cette courge d'Ève, non contente d'avoir mangé le fruit défendu, a *en plus* donné naissance à deux garçons dont un fratricide. Mais pour le chrétien lambda, le meurtre de son propre frère est beaucoup plus significatif du péché que le simple fait de croquer dans une pomme.

 





































C'est la première fois, dans l'histoire de la peinture, qu'on a représenté des nus aussi proche de la réalité visuelle, Adam et Ève ont sans aucun doute été peint d'après des modèles vivants. Le moindre détail est retranscrit avec un soin exemplaire, prêtez attention aux reflets de la lumière sur la peau (mais pas aux rayures jaunes, merci), aux muscles, aux courbes, aux veines, aux ombres ... Van Eyck pousse même jusqu'à reproduire les mains d'Adam plus bronzées que le reste de son corps puisque plus exposées au soleil. Ève travaille certainement moins dehors puisqu'elle est plus pâle et sa grossesse est déjà visible. Pourquoi tient-elle un citron plutôt que l'emblèmatique pomme ? Certains y voient un symbole d'amertume et d'autres un rapport avec le proverbe flamand "Appelen vor citroenen verkopten", "vendre des pommes pour des citrons" littéralement mais qui signifie "tromper son prochain".








































La partie centrale (que je vous garde pour la fin), est encadrée de chantres et de musiciens que les historiens de l'art qualifient souvent "d'anges" mais leur absence d'ailes laisse tout de même planer un doute ... Il faut dire que partout ailleurs (annonciation, autour de l'agneau, sur le décor du lutrin devant les chantres) les anges sont bien représentés avec des ailes (multicolores qui plus est). Il y a une distinction frappante entre les deux groupes : l'un est ultra sacré et l'autre quasi profane. Si vous y prêtez attention, les chantres portent des vêtements ornés de Vierges à l'enfant, de Christ bénissant etc et le fameux lutrin est gravé de motifs tout aussi religieux comme le remarquable saint Michel terrassant le dragon (enfin un monstre à sept têtes, c'est pareil). Les musiciens sont vêtus d'étoffes qui semblent plutôt précieuses mais avec des motifs purement décoratifs, tout comme sur l'orgue. Seul le carrelage recouvert de motifs sacrés (dont moult agneaux) est commun aux deux panneaux. Encore un détail très réaliste, les chantres adoptent une expression propre à la hauteur de leur voix : ceux qui chantent grave ont un visage crispé, contrairement à ceux qui sont dans un registre aigü qui ont la bouche plus ouverte.

Ça y est, nous y voilà, la dernière grande partie du retable ouvert (quelle émotion !) À gauche, Marie est représentée comme la reine du ciel avec une couronne ornée d'étoiles dorées et de différentes fleurs : les lys pour la pureté, les roses rouges pour l'amour, le muguet pour l'humilité et les ancolies pour signifier qu'elle est le lien entre l'humain et le divin. Le double cintre (la voûte) au dessus de sa tête cite le Livre de la Sagesse : "Celle-ci est plus belle que le soleil, et (plus belle aussi) que toute la disposition des étoiles; comparée à la lumière, elle l'emporte (sur elle)
Car elle est le resplendissement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu."
Ses vêtements et son livre d'heures sont luxueux, ornés de pierre précieuses, de perles ...
Tout à droite, Jean-Baptiste, bien que recouvert d'un joli manteau pour l'occasion, porte les attributs témoignant de son mode de vie peu confortable (tunique en poil de chameau, aspect hirsute, pieds nus). Il a interrompu sa lecture pour désigner le Méssie d'un geste caractéristique. Son double cintre personnel dit "Celui-ci est Jean-Baptiste, plus qu'un homme, égal aux anges, somme de la Loi, encensement de l'Évangile, voix des apôtres, silence des prophètes, lampe du monde, témoin du Seigneur" (oui, tout ça)
Nous y voilà, last but not least, Dieu lui-même. La manière dont il est assis sur son trône, figé par rapport à la Vierge et à Jean-Baptiste, rappelle l'art byzantin. Le dossier de son trône est décoré de pélicans puisque, paraît-il, cet animal n'hésiterait pas à se suicider pour nourir ses petits. De surcroît, il porte une tiare, donc le chapeau des papes, mais je reviendrai probablement là dessus plus tard (si vous êtes encore là). Et puis Dieu a droit à un triple cintre doré au dessus de sa tête qui dit "Celui-ci est Dieu, tout puissant par sa majesté divine. Il est le meilleur parmi tous à cause de sa douce bonté. Il est le rémunérateur le plus généreux à cause de sa largersse infinie". Et pour finir, il faut dire que Dieu a vachement la classe dans son habit rouge (tellement rouge qu'il faut du bleu et du vert pour compenser à côté) avec des tas de dorures, de pierres précieuses et de perles naturelles (oui, si on les regarde de près, elles sont imparfaites, "baroques" au sens premier du terme).

Allez c'est tout pour aujourd'hui, merci à ceux qui ont lu jusqu'au bout. La prochaine fois, pour la dernière, je vous expliquerai un peu mieux pourquoi ce retable est encore plus extraordinaire.

Par Cranky Flour
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Mercredi 11 juin 2008
Avertissement : Comme j'ai déjà dû le dire précédemment, aborder le Retable de l'Agneau mystique est loin d'être évident. Je vous rappelle qu'on ne sait pas exactement qui l'a peint entre Hubert et Jan Van Eyck (ou qui a peint quoi) et pour qui. Le programme iconographique a été conçu par un/des théologiens tord... ahem brillants. Autrement dit, chaque détail déborde de symboles plus ou moins alambiqués et inintelligibles pour un spectateur du XXI° siècle lambda qui ne connait pas nécessairement la Bible par coeur. C'est pourquoi ce que je m'apprête à écrire sous vos yeux ébahis n'est en aucun cas scientifique. Donc amis lycéens/étudiants/que sais-je, je vous déconseille de copier/coller tout ça et vous encourage à chercher dans des sources fiables (par exemple, le bouquin de Valentin Denis sobrement intitulé Van Eyck, qui m'a été d'une aide précieuse). Filez à la BU bande de mollassons ! Trêve de plaisanteries, même si je me suis documentée, quelques erreurs sont possibles (d'ailleurs si vous en remarquez, dites le moi que je répare tout ça) et je cherche avant tout à vous donner envie, à vous rendre curieux.

Ceci étant, pour la seconde partie de ma saga Van Eyck. Commençons par une explication capitale : mais c'est quoi cette histoire d'agneau mystique ? La réponse tiens en trois mots : c'est le Christ. Mais je sens que ça ne vous aide pas. Alors en fait, l'agneau symbolise avant tout le sacrifice (la bestiole idéale à égorger dans le but de faire oublier à Dieu tout les péchés qu'on a pu commettre), par analogie, l'agneau symbolise l'homme qui s'est sacrifié pour racheter l'ensemble des péchés humains (dont, en number one le péché originel) dans des conditions pour le moins sordides : Jésus. Donc si vous suivez, le thème central du retable, c'est la rédemption dont tout le monde va bénéficier grâce au dévouement de Jésus.

Maintenant, si vous êtes encore là, passons à la description du retable fermé (le retable ouvert, ce sera pour la prochaine fois, chaque chose en son temps).


L'ensemble est divisé en trois parties, je vais donc commencer en toute logique par parler de la partie centrale (mais si.) : la scène d'annonciation.

Pour faire simple, l'ange Gabriel (à gauche) annonce à la Vierge (à droite) qu'elle va mettre au monde un fils par le biais du Saint Esprit (la colombe auréolée au dessus de la Vierge). Vous aurez sans doute compris que ce fils, ce sera Jésus, et donc cette scène est le premier grand pas vers la rédemption. Tout ce joyeux monde est installé dans un intérieur flamand du XV° siècle, reconnaissable grâce au plafond en bois à solives et à la vue sur une ville typiquement flamande par les fenêtres. L'ange Gabriel est visiblement en train de déranger la Vierge pendant ses prières en lui annonçant qu'il vient du ciel et que les étoiles entre elles ne... bref. Votre oeil de lynx aura probablement remarqué les inscriptions dorées entre l'ange et la Vierge. Ce sont en quelques sortes des bulles de bande dessinée : l'ange dit à la Vierge "ave gracia plena, dominus tecum" (dont je ne connais pas la traduction exacte) et la Vierge répond "ecce ancilla domini" (autrement dit "voici la servante du Seigneur"). Comme ses mots s'adressent à Dieu, ils sont non seulement écrits de droite à gauche mais aussi inversés de manière à ce que seul Dieu/le Saint Esprit puisse lire. Le mobilier rappelle la pureté et la piété de la Vierge avec des objets en cuivre brillants, le linge immaculé, le lys tenu par l'ange mais aussi des manuscrits religieux.

Dans la partie supérieure, deux prophètes se trouvent de part et d'autres de deux sibylles. Les prophètes, ce sont Zacharie et Michée et les sibylles, ce sont un peu les Madame Soleil de l'antiquité gréco-romaine (ici la sibylle d'Érythrée et la sibylle de Cumes). Tout ce joyeux monde a annoncé l'arrivée du Christ et pour que les choses soient bien claires, les frères Van Eyck ont écrit les noms sur le cadre et des phylactères (les banderoles blanches) qui retranscrivent leurs révélations respectives.

Enfin, dans la partie inférieure, les joyeux donnateurs Joos Vijd et Isabelle Borluut encadrent saint Jean-Baptiste (celui qui tient un agneau) et saint Jean l'évangeliste (celui qui tient une coupe qui déborde de serpents). À défaut d'être les saint patrons des donnateurs, les deux saints ont un rapport avec l'épisode de l'Agneau mystique : le baptiste tient l'Agneau de Dieu et l'évangéliste a eu la vision de l'agneau mystique. Tout le monde est représenté sous une architecture feinte dans un bel exercice de style ("hé regardez ! c'est la peinture qui est plus forte que l'architecture !") de même que les saints sont représentés en grisaille, c'est à dire sous forme de sculptures en marbre monochrome ("hé regardez ! c'est la peinture qui est plus forte que la sculpture !"). Le réalisme des personnages est frappant, les donnateurs sont représentés sans idéalisation, l'important, c'est leur piété.

Chaque partie du retable est agencée de manière réfléchie et en fonction du thème central. Ici, la scène centrale fait le lien entre Ancien Testament en haut et Nouveau Testament en bas et le tout annonce la rédemption, sert d'introduction.

Quel suspense ... Que nous réserve la partie ouverte du retable ? Pourquoi cette oeuvre est elle remarquable ? Vous les saurez dans les prochains épisodes de la saga Van Eyck ...
Par Cranky Flour
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Dimanche 10 février 2008
Avant toute chose, j'ai une question à vous poser. Malheureusement, sans mon Blog it, je ne puis faire un sondage comme je voudrais, alors je vous demande directement :

La note sur Van Eyck, vous y tenez ?

Non parce que j'ai des tas de gens (si.) qui arrivent par Google en cherchant des infos là dessus mais d'un autre côté, personne ne réclame ...

Sachant que j'ai déjà préparé (grosso modo) la seconde partie de la saga et que tout est encore possible ...

Soyez honnêtes.


Ceci étant, passons au choses sérieuses. Je vous ai préparé avec le plus grand soin une merveilleuse nouvelle playlist pour que vous puissiez découvrir (ou redécouvrir) qu'ils sont quand même doués ces anglais (si.) (sans oublier les gallois, les écossais, les irlandais du nord ...).


01  Archive - System

02 The Beatles - Nowhere man

03 The Divine Comey - When the lights go out all over Europe

04 Franz Ferdinand - Do you want to ?

05 The Good, the Bad & the Queen - History song

06 Kaiser Chiefs - Na na na na naa

07  Muse - Uno

08 Pink Floyd - Let there be more light

09 Radiohead - Exit music (for a film)

10 Serafin - Day by day

11 Queen - Another one bites the dust

12 The Servant - Orchestra

13 The Smiths - There is a light that never goes out

14 The Zutons - Zuton fever

15 Stereophonics - Bank holiday monday

16 The who - The acid queen

17  Prodigy - The way it is

18 Ed Harcourt - I am the drug

19 Pulp - Dishes

20 Hard-fi - Watch me fall appart
Par Cranky Flour
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Samedi 22 décembre 2007
Aaah les fêtes de fin d'année, la joie règne dans les rues.
Ce matin, le bus était conduit par le Père Noël ... Bon, il avait du vernis à ongles et une voix aigüe mais le reste y était.
Et puis les hauts parleurs fredonnent des cantiques et de la musique de Noël avec de jolies voix de crooner.
Et puis les gens font leur courses. Au dernier moment. Comme tout le monde.
Et puis on se connecte sur msn tout souriant et là, c'est terrible. Morceaux choisis :

  • pa tjs simpl la vi
  • crevé
  • comme une envie de me faire sauter les plombs
  • (et plus original et mystérieux : ) assassins

Youpi.

Ça me donne envie d'en faire des caisses ... De mettre un avatar sombre et miteux et une citation de Rousseau !

Non mais allez flûte quoi ! Je sais bien qu'il fait pas chaud et tout mais c'est pas une raison ! Alors on se reprend et on fait la fête dans la joie et la bonne humeur !

...

Okay, puisque c'est demandé si gentiment, je vous aide. Je vous ai préparé une joyeuse playlist qui sera du meilleur effet entre la dinde et la bûche !

Mika - Grace Kelly (non ça c'est juste pour faire raler Thinredline)
Beatles - Hey Jude
*quart d'heure crooners*
Paul Anka - Wonderwall (si.)
Frank Sinatra - Strangers in the night (rien que pour les "doubi doubi douu")
Robbie Williams & Nicole Kidman - Something stupid (si si si.)
Muse - Can't take my ayes of you (vous n'y couperez pas)
*quart d'heure régression*
Le bisou des bisounours
Tom Sawyer
Tout le monde veut devenir un cat
Franz Ferdinand - Jacqueline (parce que c'est les vacances)
Katerine - 100% VIP (et que c'est la fête)
Muse - Feeling good (pour les derniers grincheux)

Titre bonus : Poppy - Le cheval blanc

Par Cranky Flour
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Lundi 1 octobre 2007
Agneau-Mystique.jpg

Cranky n'a pas peur (gnéhéhé) de la difficulté et elle vous le prouve ! Vous avez majoritairement choisi une note sur Van Eyck, vous allez être servis ! Héhé oui, parce que j'ai dit Van Eyck, mais je n'ai pas précisé lequel ... Oui, vous ne rêvez pas, ils sont deux !

Vous connaissez certainement Jan (dont j'aurais pu me contenter de parler), un des rares artistes flamands à avoir signé et daté certaines de ses œuvres (à priori 9 dont Les époux Arnolfini, La Vierge au chancelier Rolin, L'homme au turban rouge, La Vierge au chanoine Van der Paele, La Vierge dans l'Église etc) oui mais voilà, sont frère, Hubert, était peintre également et ils ont travaillé ensemble sur une seule énoooorme pièce : le retable à l'agneau mystique. Celà dit, les origines de ce tableau sont aussi mystérieuses que sa signification, donc Hubert n'est qu'une hypothèse.

Je me vois contrainte de vous barber cinq minutes avec quelques rappels historiques pour bien vous mettre dans l'ambiance ... À propos, à ceux qui sont fermement anticléricaux au point qu'ils ne supportent pas de voir écrit «Dieu», la sortie c'est par là, en haut à droite (mais si ! là, la croix rouge, vous y êtes ? bien ! au revoir !).

Nous sommes donc dans la première moitié du XV° siècle, à une époque que certains considèrent déjà comme la Renaissance, en Flandres (à Gand précisément). Aaah les Flandres ... Première société capitaliste de l'histoire qui s'étend des Pays Bas au Nord de la France (Duché de Bourgogne) en passant par la Belgique. On y découvre un foisonnement artistique parallèle à l'Italie des Médicis où les innovations techniques voisinent les innovations iconographiques (perspective, accumulation de détails).

Il est d'ailleurs temps d'éclaircir (un peu) un petit détail : la légende veut que Jan van Eyck ait inventé la peinture à l'huile. Eh bien c'est faux, il n'a pas inventé la peinture à l'huile mais y a ajouté des ingrédients (dont la fameuse essence de thérébentine) qui ont permis d'améliorer son utilisation, de jouer sur sa transparence etc. Retenez bien la nuance : il n'a pas inventé la peinture à l'huile, il l'a améliorée.

Mais revenons à notre société flamande : qui dit capitalisme dit riches marchands (banquiers, commerçants ... après on a aussi le riche clergé et les riches nobles quand même) ... Une société urbaine dotée de structures administratives fortes et d'un système de corporations d'artisans, de confréries, de guildes ... Mais que souhaitent les riches marchands ? Se racheter (au sens propre pour le coup) auprès de Dieu en investissant dans une œuvre votive devant laquelle ils pourront méditer et prier. Et qu'ils pourront destiner à l'église du coin, à la chapelle de leur famille ou de leur corps social. La piété prend un tournant nouveau, on humanise la divinité, on rapproche le monde idéologique et laïque : de plus en plus de donateurs sont laïques et il sont même parfois inclus dans les scènes religieuses.

C'est peut être le cas de ce retable ... Mais au fait, un retable, qu'est ce que c'est ? Alors d'après Monsieur Larousse cuvée 2000 : «dans une église, construction verticale portant un décor peint ou sculpté, placé sur un autel ou en retrait de celui ci». Généralement, les retables sont divisés en plusieurs parties sur des volets mobiles, on a des diptyques (deux parties), triptyques (trois parties) et ici, carrément, un polyptyque (plein de parties, vous avez compris). La production de ce type d'œuvre était énorme, elle remplaçait les portails sculptés dans leur fonction didactique : enseigner la vérité religieuse et la morale aux fidèles Ce retable, qui aurait été peint entre 1426 et 1432, a été prévu pour la chapelle funéraire Saint Bavon de Gand : quand il est fermé, les ombres des tableaux sont en adéquation avec la lumière des vitraux. L'hypothèse selon laquelle Hubert van Eyck aurait vraiment contribué à ce retable est controversée étant donné qu'il serait mort en 1426 ... Mais une inscription indique pourtant qu'il aurait été commencé par Hubert et fini par Jan à la demande de Joos Vijd (conseiller municipal de Gand et noble proche de Philippe le Bon).

Mais ici arrive un autre mystère : est ce bien une commande de Joos Vijd ? Aurait il financé un retable énorme pour une chapelle minuscule ? Une réaction de nouveau riche ? En fait, il serait plus logique que le donnateur de départ soit un noble puissant et orgueilleux. Le sujet du polyptyque aurait été déterminépar un événement historique : le triomphe de Martin V au concile de Constance qui met fin au Grand Schisme d'Occident. Tout ça pour dire que quelque chose a du arrêter le noble alors que le retable était inachevé et Joos Vijd et sa femme auraient été rajoutés après avoir finit de financer le retable (CQFD ... non ?)

Allez les coquinous ! La suite au prochain épisode ! (c'est cruel mais c'est comme ça)

Par Cranky Flour
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Samedi 8 septembre 2007
Vous ne rêvez pas, j'écris enfin l'article promis sur Alberto Giacometti. J'ai choisi de vous parler de L'homme qui marche (peu importe lequel puisque comme Munch et son Cri, Giacometti a fait plusieurs versions de cette sculpture) ... j'avais envie de vous surprendre avec un de ses objets surréalistes mais finalement, j'aime autant vous parler d'une de ses sculptures les plus célèbres.

giacometti-copie-1.jpg

Alberto Giacometti (1901-1966) est un artiste Suisse. Fils d'un peintre, il réalise très tôt qu'il aborde l'art d'une manière différente. Plus précisément, il sclupte ce qu'il voit, et pas ce qu'il sait. Je vois bien à votre air égaré que c'est pas forcément très clair, et comme c'est capital pour comprendre cette sculpture, je vais vous raconter une petite anecdote.

Le papa du petit Alberto avait décidé de prendre en main l'éducation artistique de son fils en lui faisait dessiner des poires d'après nature. Il a donc posé sa coupe de fruits bien en vue sur la table un peu plus loin et a donné pour consignes à son fils de dessiner ce qu'il voyait. C'est à ce moment là que la "crise de la dimension" a commencé : alors que son papa, pour montrer l'exemple, dessinait de jolies poires bien dodues, qui prenaient toute la page, le petit Alberto dessinait des poires minuscules. Forcément, puisqu'il les voyait comme ça (puisque loin) et qu'il les représentaient d'après la réalité. Vous voyez là ? Pas la réalité de ce qu'il sait, comme papa (des jolies poires dodues) mais la réalité de ce qu'il voit (de toutes petites poires loin loin loin) !

Il faut aussi évoquer un traumatisme qu'il a connu pendant son deuxième voyage en Italie : la mort d'un de ses amis (âgé, quand même) sous ses yeux, au moment où il perdait les notions de distance, tout lui échappait. Cet événement participe à la fascination de Giacometti sur le crâne humain qui lui est pleinement apparut à l'instant de la mort de son ami. Il a par la suite passé de longues heures enfermé dans son atelier à essayer de dessiner un crâne ... La Crise de la dimension avait encore frappé et il voyait la distance entre chaque détail, insaisissable, s'étendre à l'infini. Même les portraits d'après des modèles vivants deviennent à ses yeux impossibles : à chaque instant le visage lui paraissait différent, chaque détail en perpétuel mouvement : impossible de représenter la vie dans toute sa complexité. À partir de là, pour faire simple, à travers tout ses portraits, on retrouve quelque chose d'universel commun à tous, grosso modo : le crâne.

Mais revenons plutôt à la chronologie, la "crise de la dimension" a été passagèrement résolue pendant sa période des "objets surréalistes". Ces mêmes objets, si vous avez été bien attentifs, dont j'ai choisi de ne pas parler ! *Rire sadique* Bon, oui, d'accord, si vous insistez, je vous dit quand même quelques mots. Alors à ce moment, Giacometti a différentes influences. Pour simplifier les choses, je ne vais en citer que trois (mais rien ne vous empêche d'aller fouiller un peu de votre côté hein) : les arts primitifs, le cubisme et Brancusi (ces derniers s'inspirant eux aussi des arts primitifs, c'était la mode ...). Tout ça se traduit par des "formes pleines et calmes" (à la Brancusi) et des "formes aiguës et violentes" (plutôt cubistes), la complémentarité des formes garantissant l'unité de la sculpture et leur dualité (associée parfois à des plans en biais) lui donnant du dynamisme. Et puis Giacometti commence a accorder de l'importance au socle : comme chez Brancusi, il est intégré à l'oeuvre. Ces objets surréalistes sont parfaitement lisibles au premier coup d'oeil, tout comme les "formes dépliées" cubistes.

La dernière chose à évoquer avant de m'attaquer à L'homme qui marche, c'est la période de la Seconde Guerre Mondiale, soit la période pendant laquelle la "crise de la dimension" est revenue d'un coup comme une grande claque dans la mouille (si je puis me permettre). Oui, subitement, Giacometti est revenu à la figuration (ou presque) avec des personnages microscules ... Comme vous le lirez de ci et aussi de là si vous vous renseignez un brin, sa production de l'époque pouvait tenir dans une boîte d'allumette.

Voilà, ajoutez à tout ça l'insatisfaction éternelle, la philosophie et le combat contre la matière et vous obtenez L'homme qui marche. Oui ... bon ... je schématise un peu (qui a dit "beaucoup" ? ne fais pas le malin Thinredline ! Je te vois !) mais le but est de vous donner envie d'aller plus loin ... Mais non je vais pas m'arrêter là comme ça si brutalement ! D'ailleurs je vais même vous prendre par la main et tenter de vous montrer pourquoi cette sculpture est une merveille remarquable et non pas un vieux machin tout noir vaguement humanoïde.

Allez venez ! Regardez le socle. Oui, lui aussi est important pour une raison toute bête mais qui rejoint ce que j'ai dit sur l'influence de Brancusi entre autres : le socle impose une distance par rapport à la sculpture pour que le spectateur puisse la voir avec un recul nécessaire ... Ce qui ajoute une notion de sacré (il impose en quelques sortes une distance "respectueuse") qui peut se rattacher à l'influence des arts premiers (les totems notamment ...).

Et regardez cette forme squelettique et étirée ... Nous revoilà dans le caractère universel du squelette, notre Homme qui marche est un homme lambda et là, je vois venir d'épineuses considérations philosophiques que je ne maîtrise absolument pas ... Alors je vais juste vous dire que Giacometti était fan (je me permet d'être triviale, oui.) de Jean-Paul Sartre et me demander avec vous où cet homme peut il bien aller ? et quel est son but ? Maintenant pour ce qui est du côté étiré, c'est le résultat d'un retour à une taille plus humaine après la guerre, Giacometti est resté dans la continuité de ses travaux.

Regardez aussi le dynamise qui émane de cette forme pourtant raide ... Et puis si vous arrivez à y distinguer, regardez la manière dont a été travaillée la sculpture, elle est rugueuse, griffée, comme si elle avait été rongée par l'éternité, il y a quelque chose de violent et de sensuel (si si) dans ces aspérités ... Ce qui m'ammène à vous reparler du combat contre la matière de Giacometti mais aussi de sa volonté de saisir, reproduire la vie, ce fourmillement toujours changeant.

Voilà, j'espère être parvenue à vous montrer que l'oeuvre de Giacometti est infiniment riche et qu'elle mérite toute votre attention ! Je rappelle aussi que tout ça n'est pas exhaustif.

Par Cranky Flour
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Jeudi 9 août 2007
Ce soir, Cranky va réussir un tour de force : je vais vous rappeler que c'est l'été.

Mais si l'été vous savez bien : soleil, chaleur, plage, coups de soleil, moustiques ...  Mais n'oublions pas : que serait l'été sans les tubes du même nom qui fleurissent tous les bals des pompiers qui se respectent !

Rassurez vous, ni macarena ni lambada ce soir, juste une merveilleuse playlist toute neuve avec du rythme et quelques tubes quand même pour vous faire danser jusqu'au bout de la nuit et mettre le feu au dancefloor ! Allez allez ! On se remue !

[ce blog décline toute responsabilité en cas de dommages causés par la pratique d'une activité physique tel que le bris d'objets fragiles ou blessures]

1) The Divine Comedy - Becoming More Like Alfie
2) Pulp - Mis-Shapes
3) Archive - Sane
4) Girls In Hawaii - Flavour
5) Ghinzu - Electronic Jacuzzi
6) Archive - System
7) Franz Ferdinand - Do You Want To ?
8) Blur - Song 2 (oui bon, j'aime que celle ci de Blur)
9) Arctic Monkeys - I Bet that You Look Good On a Dancefloor
10) The Libertines - Can't Stand Me Now
11) Queens of the Stone Age - Go With the Flow
12) Ghinzu - Do You Read Me ?
13) Queens of the Stone Age - No One Knows
14) Franz Ferdinand - Love and Destroy
15) Kaiser Chiefs - Na na na na naaa
16) Franz Ferdinand - Take Me Out
17) White Stripes - Seven Nation Army
18) Muse - The Groove
19) Katerine - Louxor J'adore
20) The Divine Comedy - Europop
21) Klaxons - Golden Skans
22) Goose - Slow Down
23) Klaxons - Gravity's Rainbow
24) Katerine - 100% VIP
25) Justice - D.A.N.C.E.
26) Electric 6 - Gay Bar
27) Goose - British Mode
28) Klaxons - Magick
29) Goose - Black Gloves
30) Justice - New Jack

BONUS ) Poppy - Le Cheval Blanc
Par Cranky Flour
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