Jeudi 30 octobre 2008
Ahem oui je suis encore en vie.

Quoique ... En ce moment, je suis dans une période où ma vie est menacée toutes les nuits.
J'ai tour à tour failli être poignardée dans le garage de mes parents (qui ne m'entendaient pas hurler), je me suis perdue dans quelques rues sombres, j'ai été poursuivie par des gens qui avaient l'air très très méchants, je me suis retrouvée dans des institutions étranges (le premier qui dit que je regarde trop la télé je lui fait bouffer son clavier) etc etc. Tout les classiques du genre. (enfin rien ne pourra dépasser mon cauchemar sur le doux thème de l'anthropophagie nazie que j'avais fait il y a quelques années ... je comprends toujours pas comment j'ai pu pondre un scénario pareil)

Ça vous arrive à vous des périodes comme ça ? Toutes les nuits ?

Pourtant, en dehors de ça, j'estime que je vais bien. Je sais pas comment je vais finir tout les trucs que j'ai à faire à temps mais je vais bien.

D'ailleurs, quand j'aurais le temps, je regarderai Le Docteur Mabuse, le joueur, de Fritz Lang.

Bon, si vous le permettez, je vais partir pour trois jours (tradition, tradition ...) en famille et finir ma pile de 7 bouquins.

Tiens, en parlant de famille, mon cher Tonton chasseur a des problèmes de santé en ce moment. Ma mère a eu la touchante attention d'aller lui acheter un ou deux magazines pour l'occuper pendant son rétablissement. Je me suis donc retrouvée, hier, à aider ma mère à choisir les dits magazines.


Cranky : Rah mais si qu'est ce qu'il lit déjà ... Y en avait une pile dans les cabinets ... Tu sais le truc là ....

Maman de Cranky : Qu'est ce que tu penses de ça ? *tend La chasse au sanglier magazine"

Cranky : euuuh c'est pas un peu spécialisé ...? Ah ! Le chasseur français ! Voilà !

Maman de Cranky : Oui mais sois logique, il l'a probablement déjà !

Cranky : Grand gibier ça a l'air plus varié ... En plus il y a un dossier spécial sur les cerfs.

Maman de Cranky : Va pour Grand gibier ... Maintenant passons à la pêche ... Pêche à la mouche ?

Cranky : Bof ... Héé ! Regarde dans celui là ! Y a plein de dessins humoristiques !

(...)


Un petit vieux nous a jeté un regard oblique. Et puis le passage à la caisse était drôle aussi.
Si je n'étais pas fermement opposée à cet abus de langage, je dirais que c'était surréaliste tout de même.
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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Dimanche 12 octobre 2008
Oui oui ! J'ai pas oublié. Je vous ai promis un dessin, vous l'aurez. Et d'ailleurs, vous comprendrez pourquoi j'ai choisi la théorie plutôt que la pratique.



Et en plus, chanceux que  vous êtes, vous avez même un aperçu de ma sublime et régulière écriture. Et oui, hein, tout de même, je suis fière de mon petit rhinocéros que j'ai dû gommer maintes fois avant d'en arriver là. Je ne donne pas les références des originaux, tout simplement parce que je ne tiens pas à me retrouver avec toute ma promo sur le blog par accident googlesque. Si vous désirez vraiment le savoir, demandez moi par mail à cranky"point"flour"at"free"point"fr .

Et oui, j'aime pas que mes dessins nagent au milieu de mon cours. Ils sont tellement mieux serrés dans la marge.

Et en parlant de mon rhinocéros, il a la patte posée sur un caillou. Ce n'est pas une invention délirante de mon imagination.

Et oui, c'est tout ce que j'ai à vous dire pour le moment parce que j'ai de l'anglais, une étude de texte et trois bouquins à lire sur le feu là.

Mais je vous fait des poutoux quand même, je suis pas comme ça.
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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Vendredi 3 octobre 2008
Vous, je sens que vous m'en voulez à cause de l'absence de mise à jour de la semaine dernière. Si si, je le vois bien à votre regard voilé par la frustration. D'ailleurs, vous avez même décidé de bouder pendant deux jours. Si si ! Ce sont mes statistiques qui me l'ont dit !

Mais il faut pas m'en vouloir mes aimés, je ne prétends pas avoir des bonnes excuses mais presque : déjà, Michel Foucault m'a pris plus de temps que prévu. Et puis j'ai dû remettre en marche mon anglais rouillé pour causer de tourisme régional en atelier. Et puis j'avais des tas de trucs à faire et à penser. Pardon ? Regarder un film ou deux en faisait-il partie ? Oh hé dites ça va hein.

Cranky ou comment perdre du temps à se justifier et à se flageller pour rien

Je coule donc des jours heureux à bosser dans la super ambiance de ma promo. En exclusivité, vis ma vie d'étudiante en troisième année d'histoire de l'art.

Jeudi. Déjà la veille du week end pour ces joyeux étudiants, toujours plein d'entrain et de bonne humeur. Il est 14h50, tout le monde se rassemble à l'intérieur de la salle où aura lieu le cours, parce que dehors, il pleut. Les conversations sont animées :

"- Ça va ?

- Chfatiguéééée

- T'as réussi à trouver un sujet pour l'exposé ?

- Wohf ... Tout les "étudiants modèles" (si si, les guillemets sont parfaitement perceptibles) se sont rués sur les bouquins ... Ils ont dévalisé la BU ... Du coup ... J'ai dévalisé la médiathèque hahaa"

Ce jeudi, il manque environ 7 étudiants. Sur un ensemble de 20 et des brouettes, ça se voit. L'autorité enseignante n'en paraît pas surprise, elle continue à divaguer sur les grottes peintes en se permettant même une petite blague qu'elle répétera deux fois, pour être sûre que tout le monde a entendu/compris : "Il faut démêler les chevaux".

17h00, c'est déjà l'heure de la pose, les étudiants vont rafraîchir leur neuronnes en fusion sous la pluie battante pendant que les "étudiants modèles" sautent à la gorge de l'autorité enseignante et que les feignasses s'affalent sur la table (oui, il n'y a qu'une grande table, très pratique, très convivial) ou amorcent une stratégie pour se rapprocher un peu plus du radiateur. Soudain, les oreilles de deux des feignasses se dressent :

Étudiante modèle : "Tout les bons éléments sont partis hein ... Soit en archéologie, soit dans une autre université ... Oui, ils sont tous partis ... *regarde ses amis* Sauf deux."

La révolte contre cette injustice gronde dans le coeur des feignasses, qui ne manqueront pas de médire un peu plus sur le compte des "étudiants modèles".

18h05, le cours se termine dans le fracas des raclements de chaises, des cliquetis de stylos et des longs et dramatiques "ziiip" des fermetures éclairs.


Si vous êtes sages, je vous scannerai un des somptueux dessins que nous sommes tenus de faire pendant ce cours.
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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Dimanche 21 septembre 2008
Je suis d'une molesse là ... Ça doit faire approximativement 375 fois que je commence ou recommence cette note, que je change de sujet, que j'efface ... Bref.

Alors je vous livre tout n'importe comment ? Des retrouvailles diverses et variées, l'ouverture de la chasse, du boulot, plein, des nouveautés agréables, pas mal d'oubli agréable aussi, des plantes, des ruines, michel foucault, andré breton, de l'archéologie déguisée en histoire de l'art (arghl ! ils nous ont bien eus !), une promo composée de 97% de filles (pour changer), des médisances, du survoltage, des horaires déments ...

Ah ça fait du bien d'être rentrée !

Bon il s'agit juste de donner signe de vie en fait hein ... Je suis encore un peu là. Des fois. Et puis j'ai envie de vous raconter des tas de choses mais je sais pas par quel bout prendre tout ça. Tiens, par exemple, figurez vous que j'ai une plante. Mireille, c'est son petit nom. Elle est jolie comme tout. Et puis je me suis occupée de toutes ses petites camarades ce week end. Avec recommandation expresse : "il faut les arroser et il paraît qu'il faut leur parler". C'est ainsi que j'ai réalisé que je ne peux pas m'empêcher d'appeler les plantes "coco" ou "cocottes" suivant le genre que je leur attribue impérieusement. Dans ma petite tête dérangée les cactus sont des femelles (si, il suffit de les voir fleuries pour le savoir, les fleurs roses ça fait pas très viril), les ficus et autres lierres sont des mâles et tout ce qui est indéterminé est femelle également (puisqu'on dit *une* plante, logique). Donc j'y ai mis tout mon coeur mais le dialogue avec les plantes restes assez restreint : "Ben dis donc t'avais soif, cocotte !", "Rah mais qu'est ce que tu me fais, coco ! Mais bois bougre d'imbécile ! Allez mon grand, l'hydratation c'est important pour ta chlorophyle ou que sais-je !". Et je soupçonne le lierre d'être anorexique. Et puis mon grand rêve depuis vendredi est d'avoir un mimosa pudica. Mais si ! Il paraît qu'elle recroqueville quand on touche ses feuilles (oui oui d'où le pudica), c'est super une plante qu'on peut voir bouger à l'oeil nu ! Le mimosa pudica rejoint donc la longue liste de mes rêves, à côté de l'autographe de Poppy.

[ah oui et au fait, malgré la référence bancale dans le titre, j'ai été traumatisée par Des souris et des hommes à 14 ans. Non mais c'est vrai quoi c'était horrible ! Les autres livres qui m'ont traumatisée petite (si.) sont Tristan et Iseult et surtout L'appel de la forêt. Rah rien que d'y repenser]
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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Samedi 13 septembre 2008
L'autre jour, alors que je consultais mollement mes mails, la mention "photos de classe 4°X 1999-2000" m'a sauté aux yeux. Des gens que j'ai pu voir pendant au moins deux ans durant mes douces années de collège ... Ben je me suis pris une sacré claque en allant voir la photo de plus près !
C'est qu'à l'époque, les 4°X incarnaient le summum de la grâce ! J'étais complètement en admiration devant la moitié des filles (les mecs ? ah non ! je ne m'intéressais qu'aux 3° quand j'étais en 6°, beaucoup plus mûrs vous comprenez), je les trouvais au comble de l'élégance et tout avec ... de magnifiques survêtements dont elles doivent toutes avoir honte aujourd'hui, des baskets immenses avec interdiction de faire les lacets, c'était tellement  ringard, les lacets ...
Mais le choc ! Dans mon esprit tordu, tout ce joyeux monde était resté tel que je le voyais à l'époque. Donc j'ai découvert une bande de gamins de 13 ans habillés comme des sacs. Comme nous l'étions tous (au moins à la campagne).

Et puis la semaine dernière, en allant acheter une baguette, j'ai croisé deux jeunes mamans ultra stressées. Je les ai reconnues tout de suite : elles traînaient devant la maternelle à 11h10 et elles ont poussé leur cri de ralliement, à savoir "booonjouuur". Un "bonjour" hypocrite au possible, plein de fleurs et de miel. Un "bonjour" faussement détendu ... C'est adorable !

Et puis encore, après des mois d'absence, *roulement de tambour*, ma carpitude est de retouuur ! *vivats de la foule en délire* Oubliée la morosité, bienvenue dans l'ère du ridicule ! Je ne manques plus une occasion de faire des phrases incohérentes, de rire niaisement et de dévoiler des pans de ma personnalité que personne n'a besoin de connaître !

Vous savez quoi ? J'ai trouvé la période de l'année qui me convient : l'automne (sauf les vendredis évidemment)
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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Dimanche 7 septembre 2008
AVERTISSEMENT : malgré tout le travail que j'ai pu fournir (mais si. Parfaitement.), ce qui va suivre et ce qui a précédé n'est toujours pas scientifique. Chers étudiants/lycéens/etc, consultez des bouquins au lieu de traînasser sur internet.

Résumé des épisodes précédents : l'origine du retable reste mystérieuse (qui l'a commandé, pourquoi, qui l'a peint ...). Le retable fermé sert d'introduction au retable ouvert, il aborde les thèmes de l'origine de l'Agneau mystique, autrement dit l'origine du Christ (l'annonciation et les prévisions des prophètes et des sibylles), désigne les deux saints liés aux visions de l'Agneau (saint Jean l'Évangéliste qui, dans ses visions de l'Apocalypse, reprend les paroles de saint Jean-Baptiste "Voici l'agneau de Dieu qui ôte le péché du monde") et montre les deux "donateurs" en prière.

Maintenant on va attaquer les choses sérieuses. Le retable ouvert est plus complexe (et plus chouette) que le retable fermé. Seulement, le retable n'était ouvert que certains dimanches et jours de fêtes. La rareté de ses apparitions le rendait encore plus extraordionaire, il suscitait encore plus d'admiration (et d'enthousiasme mystique).


Bon. Là, vous voyez peut être pas grand chose. Mais comme je peux pas faire plus gros, je vous glisse un gentil lien pour voir ça (d'un peu) plus près. Commençons donc par le panneau central du niveau inférieur, celui où il y a le fameux agneau. 
(bon alors là évidemment l'image est bigrement coupée ... allez donc voir par ici)

Nous nous trouvons dans le cadre enchanteur de la Jérusalem céleste, un genre de "Paradis" où tout les gentils chrétiens vont se retrouver une fois qu'ils auront passé l'arme à gauche. La Jérusalem céleste est pleine de plantes diverses et variées, de diverses origines géographiques pour convenir à l'ensemble de la communauté chrétienne mondiale, en quelques sortes représenter un condensé, un best of avec des iris, des rosiers, des cyprès, des cerisiers, des dattiers et des tas d'autres espèces identifiables par des botanistes. Évidemment, Van Eyck en profite pour montrer tout ce qu'il sait faire et tout ce qu'il a vu pendant ses voyages. Les édifices à l'arrière plan sont principalement inspirés de l'architecture occidentale du Moyen-Âge.
Au beau mileu de cette charmante bourgade qu'est la Jérusalem céleste, trône l'Agneau, dans toute sa splendeur, délicatement posé sur un autel pourpre et doré (des couleurs glorieuses quoi), versant son sang dans un calice d'or avec une vigueur criante de vérité (mais si regardez, il y a un bon jet qui part en arc de cercle sous la pulsion cardiaque directement dans le calice et des goutelettes qui dégoulinent le long de son abdomen. Ah je sais que ça vous plaît les détails gores). Autour de l'Agneau, deux anges agitent des encensoires, huit anges sont en adoration  et quatre anges, au fond, tiennent les instruments de la Passion. Je ne rentre pas dans les détails concernant les sus-dits instruments, ceux que ça intéresse demanderont dans les commentaires ou regarderont le film de Mel Gibson sur la question.
La fontaine de vie, devant l'agneau, est la source des quatre fleuves purificateurs de la Jérusalem céleste. Elle est remarquable de réalisme avec des débits d'eau différents suivant leur hauteur et des ronds dans l'eau du bassin sous chaque jet. Si vous avez l'occasion de regarder une image potable de cette fontaine (haha potable ... fontaine hahaha ahem), vous pourrez distinguer des pierres précieuses et des perles, dans l'eau, juste devant la fontaine, ils symbolisent les vertus allouées à ceux qui ont droit à la grâce (c'est à dire à l'eau de la fontaine).
Précisément, ceux qui ont accès à la fontaine sont représentés en quatre groupes, quatre processions, convergeant vers l'agneau (un peu comme les quatre fleuves de la Jérusalem céleste mais en sens inverse ?). Au premier plan, à gauche, sont représentés des personnalités de l'ancien testament : des prophètes, des patriarches (donc les ancêtres du peuple d'Israël, Abraham tout ça ...) et des philosophes et poètes célèbres de l'antiquité classique (le seul identifiable est Virgile, le barbu en toge qui tient une branche fleurie et qui est couronné de lauriers). De l'autre côtés sont représentés des personnalités rattachées au Nouveau Testament : 14 apôtres (si vous vous demandez s'ils sont pas censés être 12, c'est normal : Judas a été remplacé par Matthias et Paul et Barnabé se sont joints à la joyeuse troupe), trois papes, trois martyrs (saint Étienne et les pierres de sa lapidation, saint Laurent et saint Liévin, patron de la ville de Gand, en train de tenir une tenaille dans laquelle repose sa gracieuse langue). Les deux processions du fond brandissent fièrement branches de palmier, témoignant de leur accès à la félicité céleste (quelque part je me dis « était-ce nécessaire ? » on le sait qu'ils sont au paradis, pas la peine d'en rajouter ...). À gauche nous avons donc les confesseurs et à droite, les vierges (parmi elles on peut reconnaître sainte Agnès, sainte Barbe, sainte Catherine et sainte Dorothée si vous voulez tout savoir).
Et pour couronner le tout, la colombe du saint Esprit dispense ses rayons dorés sur l'ensemble de la scène, c'est une symbole plutôt utilisée au Moyen-Âge (en gros, c'est pas archaïque mais presque). Alors si j'étais une fervente chrétienne du XV° siècle, je me dirais « Mazette ! (j'ai toujours rêvé de dire « mazette ») Si je suis une bonne croyante gentille avec mon prochain, qu'est ce que je m'éclaterai au paradis avec ma branche de palmier !». Tout ça pour dire que le chrétien lambda est censé sentir sa foi exulter devant cette merveille et prier activement.


Le panneau central du niveau inférieur, que je viens de décrire, est encadré de deux volets.

(encore un belle image, bien joué Cranky ... alors les rayures jaunes n'apparaissent pas sur l'original, elles sont seulement ici et sur toutes les images qui vont suivre à peu près)

À gauche, nous avons donc les juges intègres (ou "juges hônetes"), qui ne sont pas identifiables mais qui portent de chouettes chapeaux et les chevaliers du Christ : des personnalités qui ont eu un rôle important dans les croisades.  Tout ce petit monde galope sur un terrain aride par opposition à la verdoyante Jérusalem céleste.








































De l'autre côté sont représentés, les pélerins et les ermites. Ils sont âgés et pieds nus sur un chemin pierreux et la prière est leur seule arme pour combattre la lassitude et la pauvreté. Chez les pélerins, on peut reconnaître saint Christophe et saint Jacques surtout, avec son coquillage sur le couvre-chef. Du côté des ermites, se trouvent les premiers anachorètes (un mot compliqué qui est simplement synonyme de "ermite". Brillez en société avec Cranky) saint Paul de Thèbes et saint Antoine d'Égypte. Les ermites sont acompagnés des deux pénitentes sainte Marthe et sainte Marie-Madeleine (celle qui sont au fond et qui n'ont pas de barbe).


Le registre supérieur appartient à un autre monde, le monde céleste (oui, plus céleste que la Jérusalem céleste), ce qui se fait de mieux en matière de sacré avec Dieu lui-même entouré de la Vierge Marie et de Jean-Baptiste, son précurseur (en admettant que Dieu soit 2 en 1 : le Père et le Fils).
Mais ne nous égarons pas, ne perdons pas le sens de l'organisation (qui a ri ?) et commençons donc par les deux grisailles au dessus d'Adam et Ève qui représentent ... leur descendance pécheresse *effet sonore* (quel effet sonore ? oh ben un peu d'imagination hein ! Je vais pas tout faire non plus !). Alors au dessus d'Adam nous avons donc le thème de l'offrande de Caïn et Abel au temple mais surtout, au dessus d'Ève (tiens donc) le meurtre d'Abel. Parce que oui, cette courge d'Ève, non contente d'avoir mangé le fruit défendu, a *en plus* donné naissance à deux garçons dont un fratricide. Mais pour le chrétien lambda, le meurtre de son propre frère est beaucoup plus significatif du péché que le simple fait de croquer dans une pomme.

 





































C'est la première fois, dans l'histoire de la peinture, qu'on a représenté des nus aussi proche de la réalité visuelle, Adam et Ève ont sans aucun doute été peint d'après des modèles vivants. Le moindre détail est retranscrit avec un soin exemplaire, prêtez attention aux reflets de la lumière sur la peau (mais pas aux rayures jaunes, merci), aux muscles, aux courbes, aux veines, aux ombres ... Van Eyck pousse même jusqu'à reproduire les mains d'Adam plus bronzées que le reste de son corps puisque plus exposées au soleil. Ève travaille certainement moins dehors puisqu'elle est plus pâle et sa grossesse est déjà visible. Pourquoi tient-elle un citron plutôt que l'emblèmatique pomme ? Certains y voient un symbole d'amertume et d'autres un rapport avec le proverbe flamand "Appelen vor citroenen verkopten", "vendre des pommes pour des citrons" littéralement mais qui signifie "tromper son prochain".








































La partie centrale (que je vous garde pour la fin), est encadrée de chantres et de musiciens que les historiens de l'art qualifient souvent "d'anges" mais leur absence d'ailes laisse tout de même planer un doute ... Il faut dire que partout ailleurs (annonciation, autour de l'agneau, sur le décor du lutrin devant les chantres) les anges sont bien représentés avec des ailes (multicolores qui plus est). Il y a une distinction frappante entre les deux groupes : l'un est ultra sacré et l'autre quasi profane. Si vous y prêtez attention, les chantres portent des vêtements ornés de Vierges à l'enfant, de Christ bénissant etc et le fameux lutrin est gravé de motifs tout aussi religieux comme le remarquable saint Michel terrassant le dragon (enfin un monstre à sept têtes, c'est pareil). Les musiciens sont vêtus d'étoffes qui semblent plutôt précieuses mais avec des motifs purement décoratifs, tout comme sur l'orgue. Seul le carrelage recouvert de motifs sacrés (dont moult agneaux) est commun aux deux panneaux. Encore un détail très réaliste, les chantres adoptent une expression propre à la hauteur de leur voix : ceux qui chantent grave ont un visage crispé, contrairement à ceux qui sont dans un registre aigü qui ont la bouche plus ouverte.

Ça y est, nous y voilà, la dernière grande partie du retable ouvert (quelle émotion !) À gauche, Marie est représentée comme la reine du ciel avec une couronne ornée d'étoiles dorées et de différentes fleurs : les lys pour la pureté, les roses rouges pour l'amour, le muguet pour l'humilité et les ancolies pour signifier qu'elle est le lien entre l'humain et le divin. Le double cintre (la voûte) au dessus de sa tête cite le Livre de la Sagesse : "Celle-ci est plus belle que le soleil, et (plus belle aussi) que toute la disposition des étoiles; comparée à la lumière, elle l'emporte (sur elle)
Car elle est le resplendissement de la lumière éternelle, le miroir sans tache de la majesté de Dieu."
Ses vêtements et son livre d'heures sont luxueux, ornés de pierre précieuses, de perles ...
Tout à droite, Jean-Baptiste, bien que recouvert d'un joli manteau pour l'occasion, porte les attributs témoignant de son mode de vie peu confortable (tunique en poil de chameau, aspect hirsute, pieds nus). Il a interrompu sa lecture pour désigner le Méssie d'un geste caractéristique. Son double cintre personnel dit "Celui-ci est Jean-Baptiste, plus qu'un homme, égal aux anges, somme de la Loi, encensement de l'Évangile, voix des apôtres, silence des prophètes, lampe du monde, témoin du Seigneur" (oui, tout ça)
Nous y voilà, last but not least, Dieu lui-même. La manière dont il est assis sur son trône, figé par rapport à la Vierge et à Jean-Baptiste, rappelle l'art byzantin. Le dossier de son trône est décoré de pélicans puisque, paraît-il, cet animal n'hésiterait pas à se suicider pour nourir ses petits. De surcroît, il porte une tiare, donc le chapeau des papes, mais je reviendrai probablement là dessus plus tard (si vous êtes encore là). Et puis Dieu a droit à un triple cintre doré au dessus de sa tête qui dit "Celui-ci est Dieu, tout puissant par sa majesté divine. Il est le meilleur parmi tous à cause de sa douce bonté. Il est le rémunérateur le plus généreux à cause de sa largersse infinie". Et pour finir, il faut dire que Dieu a vachement la classe dans son habit rouge (tellement rouge qu'il faut du bleu et du vert pour compenser à côté) avec des tas de dorures, de pierres précieuses et de perles naturelles (oui, si on les regarde de près, elles sont imparfaites, "baroques" au sens premier du terme).

Allez c'est tout pour aujourd'hui, merci à ceux qui ont lu jusqu'au bout. La prochaine fois, pour la dernière, je vous expliquerai un peu mieux pourquoi ce retable est encore plus extraordinaire.

Par Cranky Flour - Publié dans : Exit
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Mardi 2 septembre 2008
Aaah une nouvelle rentrée pleine de promesses (qu'elle ne tiendra pas) arrive.

Retour en ville, administration, nouveau voisin, nouvel emploi du temps, plus d'archéologie (ô joie, plus de typologie, plus de cartes, plus de relevés divers et variés, plus de céramiques campaniformes, plus de boucles de ceintures mérovingiennes, plus de haches ...) ...

Et puis je me suis quand même attelée à Van Eyck, j'espère boucler ça dans la semaine (mais si c'est possible, mes notes sont prêtes, mes images aussi)

Et puis lire le nouveau programme du théâtre et puis finir le bouquin que j'ai commencé ...

Ah dis donc ! Ça va mieux hein !

Bon allez les coquinous, c'est une note de transition, je reviendrai très vite et toute neuve.

Prenez soin de vous, je vous fait des gros poutoux !
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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Mardi 26 août 2008
Aujourd'hui je suis en colère. Je grogne. Je maugrée. Je rouspète. Je bougonne. Je peste. Bref.

En colère contre le gosse de la pub pour le "nouveau" yaourt aux fruits mixés qui, admettez le, mérite des baffes.

En colère contre l'administration de la fac qui exige des photos au format 20x27. Ces raclures. Comme s'ils pouvaient pas s'arranger pour pondre des cartes d'étudiants où un format normal de photo rentre sans masquer le précieux code barre qui te sert à emprunter des bouquins à la BU. Je vais donc devoir retourner faire des photos et faire la queue pendant des plombes au monop (puisque tout le monde aura eu la même idée). Et je vais me retrouver avec 14 photos inutilisables parce que personne d'autre n'en veut de ce format déviant !

En colère contre l'aspirateur qui fait rien qu'à m'embêter à se démembrer.

En colère contre ce gros nase. Cet abruti de première. Ce barbare pathologique. Ce crétin sadique. Cet enfoiré immature.

Mais surtout en colère contre moi. Contre mon incapacité à finir les moult notes que j'ai commencées pour ce blog par exemple. Contre ma honte et ma culpabilité pour des tas de trucs. Contre mon envie de tendre l'autre joue.

...

Que c'est bon d'être une fille ...
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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Vendredi 15 août 2008
Il n'y a pas très longtemps, j'ai assisté au mariage de mon cousin. On était là plutôt en avance donc on a eu le temps d'être présentés aux parents de la mariée qui sont tout deux chinois et qui ne parlaient pas un mot de français (ni d'anglais, j'ai essayé). Heureusement, il y avait, à ce moment là, une interprète qui aidait grandement.


Cranky décidée : I am the cousin (imaginez seulement l'accent ...)

Parents : ...?

Interprète : *blabla en chinois*

Parents : *blabla débordant d'enthousiasme et serrage de main en folie*

Cranky : euh oui héhé

Interprète : ils disent que vous êtes très jolie et vous demandent s'ils peuvent faire des photos avec vous

Cranky rougissante : euh ben oui c'est à dire ...


J'ai ainsi posé pour 36 photos avant que l'interprète me dise qu'elle aussi elle me trouvait jolie alors si je voulais bien en faire 15 de plus avec elle ...
J'ai ensuite retrouvé mon cher Tonton qui avait troqué ses bretelles à canards (si jvous jure) et le reste de sa panoplie de chasseur contre une chemisette tout à fait acceptable et qui m'a tenu un discours bizarre comme quoi mes parents devraient surveiller les coq de la basse-cour qui ne manqueraient pas de me conter fleurette, jolie comme j'étais.
(Rassurez vous, après on ne m'a plus envoyé de roses sur ma prétendue joliesse ... À part l'interprête qui me le rappelait dès qu'elle en avait l'occasion)

Puis nous nous sommes gentiment rangés dans l'église pour la suite des événements.
La mariée était vêtue de ... comment dire ? Un corset recouvert de voiles sur lit de frou-frous à paillettes. Sobre et pratique quoi (ils s'y mettaient à plusieurs pour l'aider à s'assoire).
Et puis à la fin de la cérémonie, les remarques fines allaient bon train "c'est qui les prochains ?" et blablabla. Puis les célibataires ont été amenées à se parquer dans un coin en vue de se battre pour attraper le bouquet de la mariée. J'ai vainement essayé de me planquer "hé Cranky ! T'es célibataire ! Vas y !". Et avec la plus grande mauvaise volonté du monde, j'ai regardé la mariée lancer le bouquet avec une force peu commune. C'est une innocente petite fille de 6 ans qui l'a ramassé quinze mètres plus loin. Ma mignonne filleule. Qui a trouvé bon de me le refourguer dès que le coeur lui en a dit.

On a enchaîné avec le vin d'honneur et tout et tout dans des coins plutôt hype. Or les dits coins hype étaient totalement dénués de chaises. Donc la soirée a ressemblé a un jeu de chaises musicales géant. Vous allez certainement me dire qu'à 20 ans, on peut bien rester debout cinq minutes. Je vous y vois bien de 16h30 à 02h00 avec des talons. Bref, être assis était un luxe. Le must était d'être placé avec des gens sympas et à proximité des petits fours.

L'ambiance musicale était assurée par un chouette groupe avec un chanteur-guitariste et un percussioniste. Celà dit, aussi doués qu'ils fussent, pour un mariage, jouer Hotel California, Roxane, Yesterday, ... Ben ça m'a fait un peu drôle ... Mais bon ... Je me suis quand même retrouvée sur la piste à danser avec la grâce qui me caractérise (et je n'étais pas ivre figurez vous).
Et puis j'ai évité à ma mère de se ridiculiser seule. Pendant les pauses, le groupe branchait une sono avec des morceaux divers et variés. Au son d'Emmenez moi de Charles Aznavour, ma mère a commencé à s'agiter pour convaincre mon père de danser la valse avec elle. Évidemment, mon géniteur n'était pas convaincu ... Du coup ma mère s'est mise ... à danser toute seule. Pour épargner à la foule ce spectacle, je me suis dévouée. Oui. J'ai dansé la valse sur du Charles Aznavour avec ma mère à un mariage (et j'avais toutes mes facultés). Qu'on s'étonne après que je sois parfaitement tordue !
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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Vendredi 8 août 2008
Bien. Après trois ans de blogage (dont deux chez les vilains 20six mangeurs de notes), je devrais savoir comment m'y prendre en de pareilles circonstances ...

Alors mon petit blogounet, je vais m'adresser à toi. À toi qui a su hébergé mes états d'âme bouffés par l'auto-censure (et la lucidité : l'élégie ne me sied guère), qui a vu défilé quatre ou cinq anges gardiens (Mais c'est quoi cette histoire d'anges gardiens ?) , qui a accueilli gracieusement mes vaines playlists, mon épouvantable nostalgie (à 20 ans ... nan mais je vous demande un peu ...), mes abominables récits autobiographiques, mes babillages d'historienne de l'art (très très) débutante, ma carpitude, mes précieux conseils, ma mauvaise humeur etc etc
Un bilan des plus reluisants n'est ce pas ? Voilà ... Héhéhé ... Eh bien ... Joyeux anniversaire mon grand ! Tu vois, cette année, je te le souhaite juste à temps ...

Mais surtout, courageux lecteurs, je ne vous oublie pas. Merci à vous de venir lire mes élucubrations. Merci à ceux qui me suivent depuis très longtemps. Merci à tout ceux que j'ai eu l'occasion de connaître un peu mieux. Merci à ceux que je ne connais pas encore.

Je risque fort de continuer à causer de moi et d'art (on ne se refait pas ...). À propos, j'ai un début de brouillon pour l'avant dernière étape de ma saga Van Eyck qui n'intéresse personne mais je n'ai malheureusement pas la possibilité de me documenter comme je le voudrais (oui, j'ai toujours une bonne excuse) ...

En tout cas j'espère que vous prenez quand même du plaisir à venir lire mes bêtises. C'est reparti pour un an !
Par Cranky Flour - Publié dans : En direct du trou paumé
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